Huile essentielle de menthe poivrée et médicaments : les interactions à connaître
L’essentiel en bref
• L’huile essentielle de menthe poivrée est l’huile essentielle dont les interactions avec les médicaments sont les mieux étudiées.
• Elle ralentit l’élimination de certains médicaments, qui s’accumulent alors dans l’organisme.
• Le risque dépend de la dose, de la durée d’utilisation, de la voie d’utilisation et surtout du médicament : il est plus élevé avec les traitements dont le dosage doit être très précis.
• Appliquée sur la peau, elle favorise le passage des médicaments à travers celle-ci : jamais près d’un patch médicamenteux.
• Avant une utilisation par voie orale de plus de quelques jours, demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien si vous suivez un traitement.
Tisane après le repas, pastille contre le mal de gorge, goutte d’huile essentielle de menthe poivrée pour soulager un ballonnement ou un mal de tête : la menthe poivrée (Mentha × piperita) fait partie de notre quotidien. On la croit inoffensive parce qu’elle est familière. C’est pourtant l’huile essentielle dont les interactions avec les médicaments sont les mieux étudiées. Voici ce que dit la science, simplement.
Pourquoi l’huile essentielle de menthe poivrée peut-elle modifier l’effet d’un médicament ?
Notre organisme élimine la plupart des médicaments grâce à des enzymes, présentes surtout dans l’intestin et le foie. Elles fonctionnent comme une station d’épuration : elles transforment le médicament pour que le corps puisse s’en débarrasser.
Certains composés de la menthe poivrée, en particulier le menthol, ralentissent l’une de ces enzymes. Le médicament est alors moins vite éliminé : il s’accumule, et son effet augmente. Dans une étude canadienne menée chez 12 volontaires sains, une dose unique de 600 mg d’huile essentielle de menthe poivrée a augmenté en moyenne de 40 % la quantité de félodipine, un médicament contre l’hypertension, circulant dans le sang (Dresser, 2002). Chez certaines personnes, elle l’a plus que doublée.
À l’inverse, une consommation répétée de menthol semble pouvoir accélérer l’élimination d’autres médicaments. Chez l’animal, il augmente la production des enzymes qui éliminent certains anticoagulants, qui deviennent alors moins efficaces. La menthe poivrée peut donc renforcer l’effet d’un médicament ou l’affaiblir, selon le médicament et la durée d’utilisation.
La dose et la durée font toute la différence
Cette étude, menée chez l’humain, utilisait une dose importante : 600 mg d’huile essentielle en une seule prise, soit une vingtaine de gouttes. En aromathérapie courante, on utilise plutôt une goutte deux à trois fois par jour, sur quelques jours. À ces doses, l’effet est probablement faible chez la plupart des gens.
Deux nuances restent essentielles. D’abord, la réaction varie beaucoup d’une personne à l’autre, et on ne sait pas prévoir à l’avance qui sera sensible. Ensuite, une cure de plusieurs semaines n’a pas les mêmes conséquences qu’un usage ponctuel.
Faute d’études qui fixent une durée ou un rythme sans risque, les repères donnés dans cet article (un usage un jour sur trois, une heure d’écart avec la lévothyroxine…) sont des recommandations de prudence issues de ma pratique, et non des seuils démontrés.
Les traitements qui demandent le plus de prudence avec l’huile essentielle de menthe poivrée
Le risque dépend surtout du médicament. Pour certains traitements, la dose efficace est très proche de la dose toxique : un petit écart suffit à provoquer des effets indésirables, ou à rendre le traitement inefficace. C’est le cas notamment de certains anticoagulants, des traitements de l’épilepsie, des traitements anti-rejet après une greffe, ou de certains traitements du cœur et de la thyroïde.
Plusieurs cas ont même été publiés chez des personnes sous anticoagulant qui suçaient chaque jour plusieurs pastilles mentholées contre la toux. Leur traitement est devenu moins efficace, puis s’est rééquilibré à l’arrêt des pastilles. Ces cas restent rares, mais ils rappellent qu’une plante du quotidien n’est pas neutre.
Traitements de la pression artérielle et du cœur et huile essentielle de menthe poivrée
Tous ne sont pas concernés de la même façon :
• Inhibiteurs calciques (amlodipine, félodipine, nifédipine…), prescrits contre l’hypertension ou l’angor. C’est sur ce type de médicament que l’interaction a été mesurée chez l’humain (Dresser, 2002) : une prise ponctuelle de menthe augmente leur concentration dans le sang, ce qui peut accentuer la baisse de tension. À l’inverse, chez l’animal, un usage quotidien de menthol stimule les enzymes qui éliminent ces médicaments : leur effet pourrait alors diminuer avec le temps. Un usage ponctuel reste possible. En revanche, je déconseille l’usage quotidien prolongé : privilégiez un usage non quotidien, avec des pauses, par exemple une utilisation un jour sur trois, et demandez l’avis de votre médecin. Dans tous les cas, si vous prenez de la menthe avec ce traitement, surveillez votre tension dans les deux sens : vertiges ou maux de tête inhabituels d’un côté, chiffres qui remontent de l’autre. Dans les deux cas, arrêtez la menthe et parlez-en à votre médecin.
• Statines contre le cholestérol (simvastatine, atorvastatine) : même logique, même conduite.
• Amiodarone et digoxine, prescrites contre les troubles du rythme ou l’insuffisance cardiaque : leur dose efficace est très proche de leur dose toxique. Pas de menthe par voie orale sans avis médical.
• Anticoagulants : voir plus haut. Pas de menthe par voie orale sans avis médical, et attention aux pastilles mentholées prises tous les jours.
• Bêtabloquants, IEC, sartans, diurétiques : aucune interaction connue à ce jour.
Qu’en est-il de la tension elle-même ? L’effet du menthol sur les vaisseaux dépend de la voie d’utilisation. Appliqué sur la peau, il resserre les petits vaisseaux de la zone traitée. Passé dans la circulation générale, à doses plus élevées et prolongées, il tend au contraire à les dilater. Pris en goutte ou appliqué sur une petite surface, il ne fait pas monter la tension. Par prudence, en cas d’hypertension ou de maladie cardiaque, on évite les applications sur une large surface de peau. Pour aller plus loin : Menthol et huile essentielle de menthe poivrée : focus sur les risques et sur l’hypertension artérielle.
La peau n’est pas une voie neutre
On pense souvent qu’une huile essentielle appliquée sur la peau ne peut pas interagir avec un médicament. Or le menthol facilite le passage des substances à travers la peau. Les laboratoires l’utilisent d’ailleurs dans ce but. Il ne faut donc jamais appliquer de menthe poivrée sur un patch médicamenteux, ni juste à côté. Avec une crème ou un gel médicamenteux, appliquez la menthe sur une autre zone, ou espacez les deux applications d’au moins deux heures.
Gélules d’huile essentielle de menthe poivrée et médicaments contre l’acidité
Les gélules de menthe poivrée vendues en pharmacie sont souvent gastro-résistantes : elles traversent l’estomac pour libérer l’huile dans l’intestin. Les médicaments contre l’acidité gastrique peuvent dissoudre cette enveloppe trop tôt, et l’huile irrite alors l’estomac. Par ailleurs, la menthe relâche le muscle qui ferme le bas de l’œsophage : prise au quotidien, elle peut favoriser les remontées acides. En cas de reflux, mieux vaut donc éviter la menthe par voie orale en usage régulier, et la réserver à un usage ponctuel pour soulager une crise, jamais avant de s’allonger.
Faut-il espacer la prise d’huile essentielle de menthe poivrée et celle des médicaments ?
Espacer les prises est utile dans deux situations précises. Mais cela ne protège pas de toutes les interactions.
Quand espacer les prises est utile
• Lévothyroxine (Levothyrox® et génériques). Son absorption est très sensible à tout ce qui est avalé en même temps, et le menthol ralentit l’absorption de certaines substances. Aucune interaction n’est démontrée, mais par précaution : prenez votre comprimé le matin à jeun, comme prescrit, et attendez au moins une heure avant toute prise de menthe par voie orale. Comme pour tout traitement de la thyroïde, demandez d’abord l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien.
• Médicaments contre l’acidité gastrique. Laissez au moins deux heures entre ces médicaments et une gélule gastro-résistante de menthe, pour que l’enveloppe de la gélule reste intacte.
Quand espacer les prises ne suffit pas
L’effet de la menthe sur les enzymes de l’intestin et du foie ne s’arrête pas en quelques minutes. Avec un usage quotidien, il s’installe même dans la durée. Prendre la menthe quelques heures avant ou après son médicament ne protège donc pas des interactions avec les médicaments éliminés par ces enzymes, comme les anticoagulants ou les traitements anti-rejet. Pour eux, ce n’est pas l’horaire qui compte, mais l’avis médical.
L’olfaction : la voie la plus sûre
Respirer l’huile essentielle de menthe poivrée, sur un mouchoir ou un stick inhalateur (jamais en diffusion dans une pièce), ne pose aucun problème d’interaction médicamenteuse connu. C’est une façon simple de profiter de son effet rafraîchissant et tonifiant. Les contre-indications ci-dessous restent valables, en particulier l’asthme et le jeune enfant, chez qui le menthol inhalé peut provoquer une gêne respiratoire.
Les situations où l’on évite l’huile essentielle de menthe poivrée
Indépendamment de tout médicament, l’huile essentielle de menthe poivrée est contre-indiquée ou déconseillée :
• pendant la grossesse et l’allaitement ;
• chez l’enfant de moins de 30 mois (contre-indication stricte), et elle reste déconseillée jusqu’à 7 ans ;
• en cas d’épilepsie ou d’asthme, et en diffusion atmosphérique ;
• en cas de calculs biliaires ou de maladie du foie.
Questions fréquentes sur l’HE de menthe poivrée
Peut-on prendre de la menthe poivrée quand on suit un traitement ? Tout dépend du traitement :
• Avis médical avant toute prise par voie orale, même ponctuelle : anticoagulants, traitements de l’épilepsie, traitements anti-rejet après une greffe, traitements anticancéreux par voie orale, certains traitements du cœur (amiodarone, digoxine), colchicine, lithium, lévothyroxine.
• Usage ponctuel possible (une goutte deux à trois fois par jour, pendant quelques jours) avec la plupart des autres traitements : cholestérol, tension artérielle, contraception… Au-delà, je déconseille l’usage quotidien : préférez des pauses, par exemple une utilisation un jour sur trois, et demandez l’avis de votre médecin.
• Reflux : la menthe par voie orale peut soulager ponctuellement une crise douloureuse, mais pas en usage répété, ni le soir ou avant de s’allonger. Médicament anti-acide : pas de gélule de menthe dans les deux heures qui précèdent ou qui suivent.
• Patch médicamenteux : jamais de menthe sur la zone du patch ni à côté.
• Respirer l’huile essentielle reste possible, en dehors des contre-indications (asthme, épilepsie, enfant de moins de 7 ans), et jamais en diffusion atmosphérique.
Les pastilles et les tisanes à la menthe sont-elles sans risque ? En quantité habituelle, oui pour la plupart des gens. En grande quantité et tous les jours, elles ont été associées à de rares déséquilibres de traitements anticoagulants.
L’huile essentielle de menthe poivrée sur la peau peut-elle interagir avec un médicament ? Oui, si elle est appliquée au même endroit qu’un patch ou une crème médicamenteuse : le menthol favorise le passage du médicament à travers la peau.
Combien de temps peut-on prendre de la menthe poivrée par voie orale ? Quelques jours d’affilée au plus. Au-delà, je recommande un usage non quotidien, avec des pauses, par exemple une utilisation un jour sur trois. Si vous suivez un traitement au long cours, demandez l’avis de votre médecin.
Si vous suivez un traitement au long cours, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant d’utiliser la menthe poivrée par voie orale.
Pour aller plus loin : la version complète, réservée aux élèves de la formation AMSOAM en aromathérapie scientifique
La suite de cet article entre dans le détail pharmacologique, à l’usage des professionnels et des praticiens en aromathérapie :
• un tableau de près de vingt classes de médicaments, classées par niveau de risque, en distinguant usage ponctuel et cure ;
• les mécanismes en jeu pour chacune : enzymes du métabolisme (CYP3A4, CYP2C9, CYP1A2), transporteurs, interactions galéniques et cutanées ;
• le niveau de preuve de chaque donnée : études chez l’humain, données animales, in vitro, cas cliniques publiés ;
• un focus sur les médicaments à marge thérapeutique étroite, et sur les écarts entre leur définition pharmacologique et la liste réglementaire française ;
• la conduite à tenir, situation par situation, et une dizaine de références scientifiques commentées.
À propos de l’autrice
Aude Maillard est docteure en pharmacie et experte en aromathérapie scientifique. Autrice d’ouvrages de référence, elle forme depuis plus de 20 ans professionnels de santé et grand public. Elle a fondé AMSOAM, organisme de formation certifié Qualiopi.
Références