Le romarin : une plante et trois huiles essentielles

Huile essentielle romarin

Le romarin, ou Rosemary en anglais, est une plante méditerranéenne très présente en médecine traditionnelle. Il nous offre trois huiles essentielles aux propriétés différentes selon qu’il pousse en Afrique du Nord, en Corse ou en Provence. Elles orienteront leur action soit vers l’arbre respiratoire, la sphère hépatique ou encore les systèmes musculaire ou articulaire. Leurs notes olfactives assez puissantes sont différentes. Observons ensemble les spécificités de ces trois huiles essentielles – à cinéole, à verbénone ou à camphre – pour comprendre comment elles agissent et soulagent à ces différents niveaux.

Histoire du Romarin

Le Romarin est une plante originaire du pourtour méditerranéen. C’est un petit arbuste vigoureux, touffu et vivace. Ses feuilles, qui ressemblent plus à des aiguilles, restent vertes toute l’année. Ses fleurs oscillent du blanc au bleu pâle, voire bleu lavande. Il affectionne les sols arides, secs et ensoleillés du maquis. Il supporte bien les embruns marins, d’où son nom latin Rosmarinus officinalis, littéralement rosée marine. Très présent dans la cuisine méditerranéenne, malgré une certaine amertume, il parfume délicatement de nombreux plats.

Le romarin était considéré comme une plante sacrée dans l’Antiquité. Symbole d’amour, surnommé aussi la « Rose de Marie » ou « l’Herbe aux couronnes », il fut effectivement utilisé pour tresser des couronnes lors de différents rites nuptiaux ou estudiantins : les étudiants, sous la Grèce antique, s’en paraient pour gagner en capacité de concentration et mémorisation. Parfois brûlé, sous forme de fumigation, ou planté au pied des tombes romaines, il apportait l’immortalité et la paix éternelle. Introduit en Europe au IXème siècle, on le retrouve dans la formulation de nombreuses alcoolatures aux vertus tonifiantes, anti-infectieuses ou encore antirhumatismales. Ses premières distillations sont réalisées vers le XIIIème siècle. La tradition populaire dit que le romarin dans un jardin ou une maison est un signe de fertilité et de chance.

En médecine traditionnelle, il est utilisé depuis longtemps pour ses propriétés apéritives et digestives. Et, le romarin est, encore aujourd’hui, une plante incontournable en phytothérapie et aromathérapie : c’est un grand régulateur hépatique. Recherché en parfumerie pour ses notes plutôt masculines, son huile essentielle présente des différences biochimiques notables selon son biotope (lieu de culture, sol, ensoleillement, température…) : les romarins de Provence, Corse ou Afrique du Nord, nous donneront après distillation trois huiles essentielles de compositions, propriétés et utilisations différentes.

Les huiles essentielles de Romarin : chémotypes, propriétés et indications

Les huiles essentielles de Romarin vont se distinguer par leur chémotype (CT) : celui-ci, désigné par un nom de molécule – camphre, cinéole ou verbénone –  indique l’orientation thérapeutique de l’huile essentielle (et non pas la molécule présente en quantité majoritaire). Pour une même plante, le chémotype dépend du pays, du climat, du sol, … Il serait même inscrit dans ses gênes.

HE Romarin à camphreHE Romarin à cinéoleHE Romarin à verbénone
Nom latinRosmarinus officinalis CT Camphre (bornéone)Rosmarinus officinalis CT CinéoleRosmarinus officinalis CT ABV (Acétate de Bornyle et Verbénone)
Lieu de récolteProvenceAfrique du NordCorse
Propriétés principalesAntidouleur, anti-inflammatoire, relaxante neuromusculaireAnti-infectieuse respiratoire, expectorante, tonifiante circulatoireRégulatrice hépatique, immunomodulante, anti-infectieuse
IndicationsDouleurs musculaires et articulaires, crampes, rhumatisme, arthrose, crise de goutteAffections ORL et bronchopulmonaires, affections circulatoires et musculairesSurcharge hépatique (cure détox, hépatite, hyperlipidémies), déséquilibre hormonal, affections ORL

Huile essentielle de Romarin à Camphre

Voie d’administration préférentielle : voie cutanée, toujours diluée

Voies d’administration contre-indiquées : voie orale et sublinguale

Contre-indications (huile essentielle neurotoxique) : femmes enceintes et allaitantes, enfants < 12 ans, sujets épileptiques ou avec antécédent de convulsion, sujets asthmatiques, prudence en cas d’hypertension.

Huile essentielle de Romarin à 1,8 Cinéole

  • Affections ORL (rhumes, sinusites, bronchites…) : diluer 3 à 4 gouttes d’huiles essentielles de Romarin à Cinéole dans une dizaine de gouttes d’huile végétale de noyau d’Abricot et masser le thorax et le haut du dos, 3 fois par jour.
  • Préparation à l’effort ou récupération musculaire : diluer 75 gouttes d’huile essentielle de Romarin à cinéole dans 50 ml de macérât huileux d’Arnica et masser les muscles concernés.
  • Problèmes de concentration et/ou mémorisation : déposer une dizaine de gouttes d’huiles essentielles de Romarin à Cinéole sur un stick olfactif. A inhaler 3 à 4 fois par jour, en prenant de grandes inspirations profondes.

Voies d’administration préférentielles : voie cutanée ou respiratoire

Contre-indications : femmes enceintes et allaitantes, enfants < 6 ans, sujets épileptiques ou avec antécédent de convulsion, sujets asthmatiques, prudence en cas d’hypertension.

Huile essentielle de Romarin à verbénone (ou ABV : Acétate de Bornyle verbénone)

  • Détoxification hépatique, drainage : mélanger 1 à 2 gouttes d’huile essentielle de Romarin à verbénone dans une cuillère à café d’huile d’olive, 2 fois par jour. A faire sur 7 à 10 jours selon les besoins ressentis.

Voie d’administration préférentielle : voie sublinguale

Contre-indications : Femmes enceintes et allaitantes, enfants < 12 ans, sujets épileptiques ou avec antécédent de convulsion, pathologies cancéreuses hormonodépendantes, obstruction des voies biliaires et pancréatiques, prudence en cas d’hypertension.

Zoom sur le camphre ou bornéone

Ce composé connu de tous, tant son odeur est spécifique, appartient à la famille des cétones. Il présente des propriétés mucolytiques (fluidifiante des sécrétions bronchiques) et antalgiques puissantes (antidouleur). Il est décontracturant, car il permet l’élimination de l’acide lactique, responsable des crampes quand celui-ci s’accumule en quantité conséquente dans les muscles. Son affinité particulière pour les gaines de myéline (qui entourent les fibres nerveuses) le rend cependant, à dose élevée, toxique pour le système nerveux. L’utilisation des huiles essentielles en contenant, notamment les trois huiles essentielles de Romarin, nécessite une certaine prudence.

Les précautions d’emplois et contre-indications quant à l’utilisation des huiles essentielles sont nombreuses, notamment pour les femmes enceintes et allaitantes, les personnes âgées, les enfants, les sujets allergiques, asthmatiques et épileptiques. Ces informations sont à consulter dans les articles d’Aude Maillard « Maitriser la dangerosité des huiles essentielles ».

Huiles essentielles de Romarin, caractère et olfaction

L’utilisation des huiles essentielles de Romarin montre que chaque chémotype correspond à une certaine « typologie » de personne et apporte par son olfaction des bienfaits subtilement différents.

  • Romarin à 1,8 cinéole : « l’adolescent insouciant, jovial et associatif ». Huile essentielle qui agit sur la capacité à communiquer. Elle oxygène et améliore les échanges. Elle invite aussi à la résistance, à la persévérance et apporte force, volonté et confiance, là où il y a de l’abattement. Elle facilite la concentration et la mémorisation ; là où il y a de la confusion, elle apporte de la clarté.
  • Romarin à verbénone : « la sagesse, l’équilibre, la maturité, l’être accompli ». Huile essentielle qui stabilise, aide à digérer et à murir. Elle renforce la volonté, permet l’affirmation de soi et apporte singularité, sagesse et maitrise.
  • Romarin à camphre : « le vieillard rigide et sclérosé ». Peu utilisée en olfaction en raison de son odeur camphrée très puissante, elle est, en massage, l’huile essentielle des états sclérosés, des articulations et musculatures abimées, des pertes de mobilité : elle agit efficacement sur les maux du « grand âge » ou sur le vieillissement accéléré à la suite de traumatismes physiques.

Cette typologie illustre ce que font ressentir ces huiles essentielles lorsqu’on les respire. Cependant, à partir de l’âge adulte, elles peuvent être utilisées à toute période de la vie, chacune d’entre elles comportant alternativement des étapes d’insouciance, de blessures, de maturation, de prise de conscience et de sagesse.

Marie-Amélie de Bernouis est Docteur en Pharmacie et aromatologue. Elle se passionne depuis toujours pour les thérapies complémentaires. La relation à l’Autre et le soin sont au cœur de son travail. Formée à la réflexologie plantaire, à la phytothérapie et l’aromathérapie scientifique (DU Paris V et certification AMSOAM by Aude Maillard), les huiles essentielles y ont trouvé naturellement leur place. Forte d’une longue expérience de conseil client en officine et au sein d’un laboratoire de cosmétiques bio et d’aromathérapie, elle aime partager ses connaissances et faire découvrir la richesse de ses outils. Elle anime aujourd’hui des ateliers et formations d’aromathérapie, propose des accompagnements individuels en cabinet et rédige régulièrement des articles d’aromathérapie.