Formation aromathérapie niveau confirmé

Le 1,8 cinéole en aromathérapie: Spécificités biochimiques, thérapeutiques et risques

La molécule de 1,8 cinéole (aussi appelée eucalyptol) est précieuse en aromathérapie et largement représentée dans les huiles essentielles. Celles qui en contiennent procurent un effet très apprécié, pendant les périodes d’infections virales notamment pendant la saison froide et humide, lorsqu’il y a des symptômes d’encombrement respiratoire. Si cette molécule possède des effets bienfaisants dans ces contextes infectieux, elle possède bien d’autres propriétés moins populaires, par ailleurs l’utilisation des huiles essentielles qui en contiennent, doit être bien maîtrisée, sous peine d’avoir des effets indésirables dans certains contextes, parfois même graves. Voici un mémo pour bien utiliser ces huiles essentielles à la maison. Toutes les propriétés énumérées sont étayées par des ressources scientifiques citées en ressources. 

Origine botanique et biochimique de la molécule de 1,8 cinéole

Cette molécule aromatique de 1,8 cinéole, n’est manifestement pas apparue très tôt sur l’échelle d’évolution des plantes aromatiques. En effet, elle est quasiment inexistante dans les essences de conifères, c’est-à-dire les essences de pins et de sapins, (on la retrouve à l’état de trace parfois bizarrement dans certains lots d’HE de pin Laricio de Corse, mais guère plus). La première plante aromatique qui commence à secréter cette molécule de 1,8 cinéole, de manière significative est le laurier noble (Laurus nobilis). L’apparition de cette molécule dans la structure végétale correspond à un moment où certaines lignées botaniques ont acquis une nouvelle capacité enzymatique avec la cinéole-synthétase. Cela signe une double victoire, à la fois biochimique et botanique.

Sur le plan phylogénétique, les monoterpènes sont les « ancêtres » de la biochimie aromatique, très présent dans les essences de conifères. Les monoterpènes oxydés complexes, comme le 1,8 cinéole apparaissent surtout avec l’avènement des angiospermes comme les familles des Myrtacées (Eucalyptus, Melaleuca…), Lamiacées (Salvia (Rosmarinus), Lavandula…) et les Lauracées (Laurus, Cinnamomum…), il y a 70 millions d’années. Diversification botanique et complexification biochimique, cheminent en parallèle sur un parcours jalonné de « victoire évolutive », au service de la compétition écologique, et du vivant. 

Par exemple, on sait que ces « adaptations cinéolées » ont conféré aux Myrtacées : une défense chimique contre les herbivores, une activité antimicrobienne supérieure, et encore une volatilité élevée facilitant les interactions écologiques et la communication entre congénères. Dans les terroirs australiens (terroir des Melaleuca et des Eucalyptus) pauvres et sujets aux feux, c’est une capacité d’adaptation immunitaire déterminante.  La volatilité favorise la thermorégulation de la feuille, ainsi que la dissipation de l’énergie solaire. 

Propriétés thérapeutiques et mécanismes d’action de la molécule de 1,8 cinéole

Le 1,8 cinéole est donc un oxyde terpénique, issu d’un métabolisme secondaire abouti. Son profil thérapeutique est particulièrement riche et subtil. Il est même fascinant par sa logique modulatrice tant sur le plan immunitaire que respiratoire.  

Voici un résumé de ces propriétés connues à ce jour :

Propriétés « respiratoires » :

1. Effet anti-inflammatoire bronchique

         •       Le 1,8-cinéole inhibe la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-1β, IL-6) et réduit la migration des cellules inflammatoires dans l’épithélium bronchique.

         •       Cela atténue l’irritation des voies respiratoires, ce qui diminue le seuil de déclenchement de la toux.

         •       Bénéfique pour la toux sèche, notamment d’origine allergique ou virale.

2. Action mucolytique et expectorante

         •       Le 1,8-cinéole fluidifie les sécrétions bronchiques en modifiant la composition du mucus (réduction de la viscosité) et stimule le mouvement ciliaire.

         •       Favorise l’élimination du mucus, ce qui soulage la toux productive (par un mécanisme comparable à celui de la N-acétylcystéine, en plus doux).

3. Bronchodilatation (à des doses plus élevées)

         •       Par inhibition des canaux calciques voltage-dépendants dans les muscles lisses bronchiques, l’activation de myosine (fibre contractile du muscle respiratoire) diminue. Le 1,8-cinéole induit donc une relaxation bronchique.

         •       Cela diminue la pression sur les récepteurs de la toux, situés dans la muqueuse bronchique et favorise une meilleure ventilation.

4. Modulation des récepteurs de la toux (récepteurs TRP)

         •       Le 1,8-cinéole interagit avec les récepteurs TRPA1, TRPM8 impliqués dans la détection des stimuli irritants (poussières, fumée, froid). Il désensibilise ces récepteurs, diminuant ainsi la réactivité des voies aériennes aux stimuli extérieurs.

         •       Cela est particulièrement utile dans les toux d’irritation chronique ou post-infectieuses.

Le 1,8 cinéole est donc une molécule potentiellement utile dans les 2 types de toux : sèche ou grasse.

On peut donc dire que le 1,8 cinéole induit une « bronchodilatation biphasique » c’est-à-dire qu’il peut produire deux effets successifs opposés sur le muscle lisse bronchique. Ceci dépend de la concentration ou du contexte physiologique:

  • une phase initiale pouvant être légèrement contractile pour favoriser l’expectoration des mucosités/toxines virales,
  • une phase secondaire relaxante (bronchodilatatrice), pour améliorer le confort respiratoire.

Si cette propriété révèle une fine régulation et remise en état des voies respiratoires en cas d’état infectieux inflammatoire, l’application au contexte clinique n’est pas si simple, notamment pour les sujets asthmatiques. Quid des doses et de la maîtrise des effets de la première phase qui peut déclencher une crise spastique dans ce contexte ? 

Des études cliniques testant différentes huiles essentielles, contenant différents pourcentages de 1,8 cinéole, et utilisées à différentes doses, par différentes voies d’administration, pourraient peut-être aider à affiner des protocoles et à mettre au point une pratique pour désensibiliser des bronches constrictives et inflammatoires.

En attendant, il faut bien respecter la contre-indication des huiles essentielles contenant du 1,8 cinéole, chez le sujet asthmatique.  

Propriétés anti-infectieuses

L’observation clinique montre de manière évidente, une très bonne action des huiles essentielles à 1,8 cinéole en cas d’infection virale et notamment sur les virus de la grippe, du zona, de l’herpès (HSV 1 et 2), SARS – Cov-2 et divers virus à tropisme respiratoire.

Il possède divers leviers d’action antivirale qui contribue à mieux maîtriser l’intensité et la durée des symptômes : il désactive directement le virus libre, en altérant l’enveloppe lipidique virale, et inhibant la réplication du virus.

C’est aussi un bon antibactérien documenté sur le staphylocoque doré et Klebsiella pneumonie

Son activité antiinfectieuse et aussi couplée à une réduction des cytokines pro inflammatoires et une modulation des réponses immunitaires, ce qui en fait un allié de choix pour renforcer les défenses immunitaires pendant un épisode infectieux.

On remarque la logique anti-infectieuse du 1,8 cinéole, il aide à combattre par les deux leviers de la lutte anti-infectieuse : le soutien des défenses naturelles et l’affaiblissement de l’organisme pathogène.

Propriétés antalgiques 

Le 1,8-cinéole agit comme un antagoniste du récepteur nociceptif TRPA1, impliqué dans la perception de stimuli douloureux. Ce mécanisme est comparable à celui de certains analgésiques sensoriels. De nombreuses études cliniques (pas toujours randomisées) étudient l’impact de l’inhalation d’huiles essentielles à 1,8 cinéole et concluent à son efficacité sur la gestion de la douleur physique et aussi de la souffrance psychique. 

Le 1,8-cinéole réduit la production de : TNF-α et de cytokines pro-inflammatoires

ce qui contribue à l’effet antalgique indirect, via la réduction de l’inflammation.

Il réduit aussi la douleur neuropathique médiée par le récepteur P2X3 dans les ganglions sensoriels. 

Cela suggère un potentiel thérapeutique pour : douleurs neuropathiques et douleurs inflammatoires.

Conclusion : on utilise déjà les huiles essentielles à 1,8 cinéole en application locale dans la gestion de la douleur (cette indication est documentée depuis nov. 2024 par quelques revues), on peut aussi les envisager par voie olfactive pour un impact intégratif.

Sur ces propriétés neurobiologiques et cognitives

L’utilisation des huiles essentielles à 1,8 cinéole par voie olfactive pour améliorer l’état psychique et cognitif, s’observe de plus en plus. Cette voie d’utilisation présente beaucoup d’agrément. Plusieurs mécanismes sont proposés, pour expliquer les effets sur la mémoire et la cognition.

  • Effet cholinergique : Le 1,8-cinéole pourrait inhiber l’acétylcholinestérase et donc favoriser l’imprégnation en acétylcholine, ce qui est favorable à la mémoire, à la réactivité et à) la cognition
  • Effet anti-inflammatoire cérébral : Le 1,8 cinéole réduit les cytokines du stress oxydatif neuronal. Cette propriété peut être utile dans un axe de neuroprotection.
  • Effet vasculaire cérébral : Il semblerait que le 1,8 cinéole augmente la perfusion cérébrale et améliore de ce fait la vigilance.
  • Interaction avec neurotransmission GABA et glutamate : Certaines études sur le romarin suggèrent une modulation du système Gabaergique avec des effets anxiolytiques contribuant aussi indirectement aux performances cognitives. 

Le 1,8 cinéole possède une activité antioxydante potentiellement neuroprotectrice.

Conclusion : Les HE à 1,8 cinéole peuvent donc être potentiellement utile dans l’anxiolyse, en cas de problèmes mnésiques, et en cas de baisse de l’humeur par simple inhalation. 

Sur ses propriétés antioxydantes/pro-oxydantes

(Niveau preuve : surtout in vitro)

Le 1,8-cinéole (eucalyptol) présente une particularité intéressante : il peut agir à la fois comme antioxydant et comme pro-oxydant selon le contexte biologique, la concentration et la cible cellulaire. Cette dualité est classique pour de nombreux terpènes et dépend principalement de la modulation du stress oxydatif cellulaire.

Le 1,8-cinéole peut donc réduire la production de radicaux libres, augmenter les enzymes antioxydantes endogènes (Superoxide dismutase, Catalase, Glutathion peroxidase), ce qui contribue à une diminution du stress oxydatif cellulaire et à une protection des membranes et de l’ADN.

Au niveau cérébral, c’est un mécanisme favorable à un effet neuroprotecteur qui peut rejoindre les effets des olfactions de l’HE de romarin à 1,8 cinéole.

Mais paradoxalement, le 1,8-cinéole peut aussi augmenter la production de ROS ( Reactive Oxygen Species) dans certains contextes biologiques. Ce phénomène présente un intérêt dans la luttre contre les micro-organismes pathogènes, notamment sur les bactéries multi-résistantes comme le Staphylococcus aureus, ou bien dans des états d’infectieux d’origine fongique à Candida albicans.

Cette effet anti-oxydant/pro-oxydant dépend principalement de :

  • La concentration : faible dose → antioxydant, dose élevée → pro-oxydant
  • Le type de cellule : cellules humaines → protection antioxydante, micro-organismes → stress oxydatif toxique. Ce qui est favorable à un effet EUBIOTIQUE, c’est-à-dire de préservation des bactéries des microbiotes. 
  • L’état métabolique cellulaire : dans un environnement inflammatoire, le cinéole agit plutôt comme un modulateur du stress oxydatif.

Conclusion : Le 1,8-cinéole agit comme un modulateur du stress oxydatif. Il peut donc être un excellent antioxydant : il aura dans ce contexte des propriétés de protection cellulaire, de réduction de l’inflammation et de soutien des systèmes enzymatiques antioxydants. 

Il pourra aussi avoir des effets pro-oxydants, et donc être utile pour la destruction des micro-organismes et l’inhibition des biofilms.

Sa voie d’utilisation préférentielle est la voie cutanée, dans les indications dermatologiques (plaies chroniques, infection nosocomiales, ulcères divers, impétigo….), on ciblera des huiles essentielles à 1,8 cinéole par ailleurs connues pour leur propriétés cicatrisantes comme laurier noble, niaouli, lavande aspic… 

Par voie interne, le manque de digestibilité du 1,8 cinéole est flagrant pour les huiles essentielles de Melaleuca et d’Eucalyptus. On retiendra donc plutôt par voie buccale l’HE de cardamome ou encore celle de laurier noble si le contexte le permet.

Ses indications traditionnelles et mises à jour

On utilise classiquement les huiles essentielles à 1,8 cinéole dans toutes les indications suivantes :

Affections respiratoires aiguës ou chroniques : bronchite, rhinite, sinusite, otite, broncho-pneumopathie obstructive, bronchite asthmatiforme allergique ou non, présence de mucosité ORL ou pulmonaires, toux sèches (antiinflammatoire) ou productives (expectorant), 

Symptômes respiratoires chroniques : toux aigues, productives ou non, chroniques ou résiduelles

Baisses ou chocs immunitaires avec attaques aigues infectieuses divers = mononucléose, tuberculose, coqueluche, zona, grippe.

Ses utilisations s’ouvrent de plus en plus dans :

  • La gestion de la douleur et les affections rhumatismales : arthrose, arthrite, soins aux muscles et aux sportifs (préparation et récupération). 
  • Le soutien circulatoire : jambes lourdes et insuffisance veineuse chronique
  • Le soutien nerveux et psycho émotionnel : fatigue, déprime
  • La cognition et le bien-être psychique : anxiété, troubles de la vigilance et de la mémoire.
  • La gestion des plaies cicatricielles infectieuses penser notamment à niaouli, laurier noble et lavande aspic

1,8 cinéole : Limites, risques et précautions d’utilisation

Voici un résumé des risques potentiels auxquels expose les huiles essentielles contenant du 1,8-cinéole. Évidemment, ce risque sera modulé en fonction de la proportion dr 1,8 cinéole dans le totum et en fonction de la présence de la nature des molécules d’entourage renforçatrices (ou non) du risque (comme les cétones qui renforcent le risque, ou les esters qui diminuent plutôt en général).

1. Risque broncho spastique chez l’asthmatique (rare mais décrit)

Le 1,8-cinéole est généralement bronchodilatateur, mais certaines situations peuvent provoquer une irritation bronchique réflexe, par stimulation des récepteurs sensoriels irritants, et activation de TRPA1 et TRPV1

Cela peut entraîner une toux réflexe, un bronchospasme paradoxal, chez des sujets fragiles comme une asthme mal contrôlé ou une inhalation d’HE cinéolée mal contrôlée.

2. Risque convulsivant (dose élevée et/ou sujet fragile)

Le 1,8-cinéole appartient aux monoterpènes bicycliques, une famille pouvant présenter une activité neurostimulante à forte dose, par un mécanisme mal identifié passant par le GABA et le glutamate.

À dose toxique, cela peut entraîner : agitation, tremblements, convulsions. Les populations à risque sont les nourrissons et les jeunes enfants, les patients épileptiques.

C’est pourquoi les huiles riches en 1,8 cinéole sont généralement déconseillées en aromathérapie familiale, chez l’enfant < 6 ans et les sujets épileptiques ou les sujets avec antécédent de convulsions. Dans la pratique de l’aromatologue averti, certaines huiles contenant du 1,8 cinéole ont fait leur preuve en pédiatrie, notamment ravintsara et eucalyptus radié ou encore hysope couchée. Encore faut-il bien savoir les associer et les doser. 

3. Toxicité neurologique chez le nourrisson

Il existe plusieurs cas rapportés de neurotoxicité par ingestion d’huile d’eucalyptus chez l’enfant avec des symptômes de somnolence, ataxie et convulsions. On respectera donc impérativement l’utilisation des huiles essentielles à 1,8 cinéole par voie cutanée et a fortiori chez l’enfant pour lequel la voie interne est strictement contre indiquée en aromathérapie. 

Ces effets sont liés à : la lipophilie élevée du cinéole et à son passage rapide dans le système nerveux central.

4. Grossesse

Les données cliniques chez la femme enceinte sont très limitées. Les études animales n’ont pas montré de tératogénicité claire, mais les données restent insuffisantes.

La prudence est de mise :  pendant la grossesse, éviter les fortes doses, éviter l’usage oral prolongé, préférer un usage ponctuel ou localisé. Le risque théorique concerne un passage placentaire de molécules lipophiles et une possible stimulation neurosensorielle fœtale.

5. Irritation cutanée ou muqueuse

Le 1,8-cinéole peut provoquer : irritation oculaire par simple présence dans l’atmosphère de la molécule, irritation des muqueuses et sensation de chaleur cutanée à forte concentration.

Ces effets restent généralement dose-dépendants.

6. Un risque potentiel d’interaction médicamenteuse, encore mal identifié mais il en ressort que le 1,8-cinéole est à l’origine de l’induction enzymatique de certains cytochromes : CYP2E1, CYP2C11 et CYP2C6.

L’enzyme CYP2E1 métabolise : alcool, anesthésiques, solvants et paracétamol (voie toxique NAPQI).

En théorie, il faudrait donc être prudent aussi avec l’utilisation, des huiles essentielles à 1,8 cinéole à forte dose et la prise conjointe de paracétamol très fréquente pendant les états infectieux d’origine virale (grippe, covid …), puisque l’hépatotoxicité du paracétamol provient de son métabolite. 

En effet, une induction de CYP2E1 peut théoriquement augmenter la formation de métabolites réactifs et favoriser un stress oxydatif hépatique. Cependant, les données avec le 1,8-cinéole restent expérimentales. Et par ailleurs, le 1,8 cinéole est aussi un protecteur du foie contre le stress oxydatif, notamment via l’augmentation de glutathion et des enzymes antioxydantes et la diminution de la peroxydation lipidique. 

Dans certains modèles d’inflammation hépatique, il est démontré une réduction du stress oxydatif, et une amélioration de la fonction hépatique. Cela suggère un effet hépato protecteur possible dans certains contextes.

Par ailleurs l’expertise clinique n’a pour l’instant pas remonté de cas d’intoxication au paracétamol induit par l’utilisation conjointe d’HE à 1,8 cinéole pendant un syndrome infectieux.

Conclusion

Le 1,8-cinéole possède une bonne marge de sécurité, mais les précautions concernent surtout : les enfants, le sujet qui souffre d’asthme sévère ou d’épilepsie, les femmes enceintes et allaitantes, ainsi que toute personnes prenant des médicaments à faible marge thérapeutiques dont la liste est ci-dessous (le Levothyrox en fait partie). Il convient d’éviter en cas de prise de médicaments l’utilisation des HE à 1,8 cinéole, surtout par voie interne. 

Cet article porte sur la molécule de 1,8 cinéole et non sur les huiles essentielles qui en contiennent. L’effet totum et l’origine botanique du 1,8 cinéole influencent aussi évidemment l’activité thérapeutique de l’essence, et tout bon aromathérapeute le devine, et le ressent. Il choisira parfois délibérément une huile essentielle de ravintsara plutôt qu’un laurier noble ou qu’un eucalyptus pour toutes les autres propriétés qu’elle présente. 

Il convient qu’il manque des études cliniques pour explorer l’activité réelle, les mécanismes d’action ou encore les métabolismes des huiles essentielles qui contiennent du 1,8 cinéole. Il y a une grande différence entre le comportement d’une molécule unitaire et celui de la meme molécule au sein d’un totum. Entre une HE de romarin à 1,8 cinéole qui contient parfois jusqu’à 45% de 1,8 cinéole et 10% camphre. Et une HE de ravintsara contenant 60% de 1,8 cinéole au coté de 10% de sabinène, on peut s’attendre à de grandes différences de pharmacinétique et pharmacodynamique. 

A suivre.

Liste de médicaments à marge thérapeutique étroite :

  • Antiépileptiques
    • lamotrigine
    • lévétiracétam
    • prégabaline
    • topiramate
    • valproate de sodium
    • zonisomide
  • Immunosuppresseurs
    • azathioprine
    • ciclosporine
    • mycophénolate mofétil
    • mycophénolate sodique
  • Hormones thyroïdiennes
    • lévothyroxine
  • Médicaments utilisés dans la dépendance aux opioïdes
    • buprénorphine
  • Antinéoplasiques inhibiteurs des protéines kinases
    • évérolimus

Sources bibliographiques:

Juergens UR et al., Respiratory Medicine, 2003 : effets anti-inflammatoires du 1,8-cinéole dans l’asthme.

Santos FA et Rao VS, Phytomedicine, 2000 : effet myorelaxant et antinociceptif du 1,8-cinéole.

Guimarães AG et al., Molecules, 2013 : revue sur les propriétés pharmacologiques du 1,8-cinéole.

Mécanismes

  • 1,8-cineole, a TRPM8 agonist, is a novel natural antagonist of human TRPA1 Masayuki Takaishi       
  • WAO-ARIA consensus on chronic cough – Part 1: Role of TRP channels in neurogenic inflammation of cough neuronal pathways, Philip W. Rouadi MD 
  • 1,8-Cineole blocks voltage-gated L-type calcium channels in tracheal smooth muscle Átila Pereira-Gonçalves 

Propriétés anti-infectieuses

  • 1, 8-Cineol Protect Against Influenza-Virus-Induced Pneumonia in Mice 2016
  • Combinations of 1,8-cineol and oseltamivir for the treatment of influenza virus A (H3N2) infection in mice Yan-ni Lai
  • Antimicrobial activity and mode of action of 1,8-cineol against carbapenemase-producing Klebsiella pneumoniae, Chew-Li Moo
  • 1,8-Cineol (Eucalyptol) Disrupts Membrane Integrity and Induces Oxidative Stress in Methicillin-Resistant Staphylococcus aureus Abderrahmen Merghn
  • 1,8-cineole (eucalyptol): A versatile phytochemical with therapeutic applications across multiple diseases, Cosima C. Hoch
  • In Vitro Antiviral Evaluations of Coldmix®: An Essential Oil Blend against SARS-CoV-2 Kemal Hüsnü Can Başer

Effets neuroprotecteurs

Wagner KH et al., Free Radical Research, 2011 : propriétés antioxydantes.

1) Effet cholinergique (inhibition de l’acétylcholinestérase)

Perry NSL et al., 2000 — Rosemary oil and its constituents (incluant 1,8-cinéole) inhibent l’AChE (AChE humaine/érythrocytaire, tests enzymatiques).
Nature : in vitro (enzyme humaine). 

Moss M & Oliver L., 2012 — exposition à l’arôme de romarin : le taux plasmatique de 1,8-cinéole corrèle avec performance cognitive (vitesse/précision).
Nature : clinique (étude humaine expérimentale corrélationnelle). 

2) Effet anti-inflammatoire cérébral / ↓ cytokines + ↓ stress oxydatif neuronal (axe neuroprotection)

An F et al., 2022 — sur cellules neuroblastome humain SH-SY5Y : le 1,8-cinéole réduit le stress oxydatif et des marqueurs “AD-like” induits par AGEs (Aβ, tau).
Nature : in vitro (cellules humaines). 

3) Effet vasculaire cérébral / perfusion cérébrale / vigilance

Sayorwan W et al., 2012 — etude clinique : inhalation d’HE de romarin : modifications EEG (↓ puissance alpha frontale) + paramètres ANS + auto-évaluations compatibles avec hausse d’éveil/vigilance.
Moss M & Oliver L., 2012 — etude clinique : association dose interne (cinéole plasmatique) ↔ performances cognitives, sans mesure de perfusion.

4) Interaction avec neurotransmission GABA / glutamate (anxiolyse → cognition)

Kim KY et al., 2014 — essai randomisé : inhalation de 1,8-cinéole (vs contrôle) avant geste (SNRB) : ↓ anxiété et ↓ score de douleur;

5) Activité antioxydante potentiellement neuroprotectrice

An F et al., 2022 — sur SH-SY5Y humaines : le 1,8-cinéole contrecarre un stress oxydatif induit (modèle AGEs) et des marqueurs neurodégénératifs associés.

Antalgique

Etudes cliniques

  • Therapeutic applications of eucalyptus essential oils, Riham A. El Shiekh November 2024
  • Effects of 1,8-cineole on neuropathic pain mediated by P2X2 receptor in the spinal cord dorsal horn Xiao-Bo Zheng
  • Jun et al., 2013 – Post-opératoire (arthroplastie du genou)
  • Kim et al., 2014 – Douleur procédurale (injection rachidienne)

Etudes in vitro

  • Juergens et al., 1998 – Monocytes humains
  • Lee et al., 2016 – Cellules bronchiques humaines (BEAS-2B)
  • Takaishi et al., 2012 – TRPA1 humain (patch-clamp)

Voie respiratoire/voie orale

  • Pharmacokinetic studies of the fragrance compound 1,8-cineol in humans during inhalation, W Jäger

Etudes cliniques BPCO sur le 1,8 cinéole (et non une HE qui en contient)

  • Concomitant therapy with Cineole (Eucalyptole) reduces exacerbations in COPD: a placebo-controlled double-blind trial Heinrich Worth

Métabolisme 

Effet protecteur hépatique 

  • Réduction du stress oxydatif hépatique / amélioration fonction hépatique »
  • Équivalents in vitro (cellules humaines)
  • Mitić-Ćulafić D, et al. 2009 – “Protective effect of … eucalyptol against t-butyl hydroperoxide induced genotoxicity in … cultured human cells.” Food Chem Toxicol.
  • Nature : in vitro (HepG2, cellule hépatique humaine). L’eucalyptol réduit les dommages à l’ADN induits par un oxydant (t-BOOH) dans HepG2 (effet cytoprotecteur/antioxydant fonctionnel). 
  • Insuan O, et al. 2021 – “Antioxidant and anti-inflammatory properties of essential oils extracted from Eucalyptus…”
  • Nature : in vitro (HepG2). Des HE de plusieurs Eucalyptus (composition variable, parfois riches en monoterpènes oxygénés) montrent une protection contre le stress oxydatif induit par H₂O₂ dans HepG2. (⚠️ HE ≠ 1,8-cinéole pur). 

Induction enzymatique

  • Jori A, et al. 1970 – “Effect of eucalyptol (1,8-cineole) on the metabolism of other drugs in rats and in man.” Eur J Pharmacol.
  • Nature : clinique (humain). Signal d’augmentation du métabolisme d’autres médicaments (étude ancienne, petit effectif, mais c’est l’une des rares données humaines directes). 
  • Miyazawa M, et al. 2001 – “Oxidation of 1,8-cineole … by cytochrome P450 3A enzymes in rat and human liver microsomes.” Drug Metab Dispos.
  • Nature : in vitro (microsomes hépatiques humains + CYP recombinants). Montre que le 1,8-cinéole est un substrat CYP3A, ce qui explique des interactions potentielles. 
  • Duisken M, et al. 2005 – “Metabolism of 1,8-cineole by human cytochrome P450 enzymes…”
  • Nature : in vitro (microsomes hépatiques humains + CYP recombinants). Confirme la contribution majeure de CYP3A4/3A5 au métabolisme du 1,8-cinéole. 

Protection / NASH (etude animale) 

1,8-Cineole ameliorates NASH in Pten knockout mice. Murata et al., 2015

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