Toxicité des huiles essentielles (partie 1)

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« Tout est poison, rien n’est poison, seule la dose compte », Hippocrate.

Les huiles essentielles connaissent depuis quelques décennies un succès auprès du grand public et des thérapeutes. Elles commencent à investir les hôpitaux, elles sont vendues en officine, en magasins bio, et cette notoriété en fait oublier parfois leur précautions d’emploi et leur risques toxiques.

L’aromathérapie est une réelle médecine qui utilise ces extraits de plantes pour guérir ou prévenir les problèmes de santé. Si une quinzaine d’huiles essentielles appartient au monopole pharmaceutique, parce qu’elles sont particulièrement toxiques, la plus grande partie restent en libre accès et la plupart du temps vendue sans conseil d’utilisation quant à leurs risques toxiques.

Huile essentielle d’origan, de thym de romarin, de lavande, l’utilisateur se perd parfois dans les rayons. La bonne utilisation et la prévention par rapport à cette toxicité aromatique commence par l’identification même de l’huile essentielle que l’on souhaite acheter.

Savoir identifier l’huile essentielle par son chémotype

Une huile essentielle doit se définir par l’identification botanique complète de la plante distillée (dénomination en latin, organe producteur, terroir et mode de culture) et par aussi son identité biochimique. En effet, certaines plantes ont la faculté de faire varier leurs essences et fournissent donc des essences différentes. Pour ces huiles essentielles l’identité botanique n’est donc pas suffisante pour les identifier. Monsieur Franchomme au siècle dernier a instauré la notion de chémotype absolument incontournable pour ces espèces, comme celles de romarin, de thym, de camphriers, pour les plus communes. Le chémotype exprime donc le nom de la molécule qui permet d’identifier l’huile essentielle au sein de son espèce, mais qui possède également une valeur thérapeutique forte. Cette notion est donc primordiale elle permet d’anticiper les indications et les risques toxiques de l’huile essentielle.

La notion de chémotype a été élargi à l’ensemble des huiles essentielles, elle apport un gage de sécurité et un label de qualité. Une huile chémotypée est un produit dont toutes les molécules aromatiques ont été biochimiquement étudiées et identifiées par chromatographie.

Exemple : Huile essentielle de romarin

chémotype Camphre, de Provence : antalgique et myorelaxant, NEUROTOXIQUE et ABORTIF, contre indiquée par voie interne, strictement contre indiqué chez la femme enceinte, allaitante, l’enfant et le sujet épileptique

chémotype verbénone, de Corse : draineur hépatique, hypocholestérolémiant, régulateur endocrinien, efficace principalement par voie sublinguale, contre indiqué chez la femme enceinte, allaitante, l’enfant et le sujet épileptique

chémotype 1,8 cinéole, du Maroc : oxygénateur, mucolytique, antiviral, impact respiratoire puissant, s’utilise préférentiellement par voie cutanée et respiratoire, se digère mal, déconseillé chez la femme enceinte, allaitante et le sujet asthmatique

Les risques toxiques avec les huiles essentielles se portent principalement sur les problèmes d’irritation ou de brulure de la peau et des muqueuses, ainsi que les risques d’hépatotoxicité, de neurotoxicité et de fausses couches. Les sujets les plus fragiles restent les enfants, les femmes enceintes et allaitantes, ainsi que les sujets épileptiques et asthmatiques. Pour les autres sujets, quelques grandes règles de prudence sont à connaître.

La toxicité des huiles essentielles selon la voie d’administration

Par voie orale, un surdosage ou une fragilité particulière des voies digestives pourra amener des gastralgies, plus ou moins importantes qui s’amélioreront avec la prise d’huile végétale en quantité importante. A des doses subtoxiques par voie orale, le risque vital peut être en jeu (hémorragie digestive, atteinte hépatique ou altération du système nerveux) et un lavage d’estomac en centre hospitalier est obligatoire.

Les huiles essentielles sont des concentrés des principes actifs des plantes et une première règle de prudence de base s’impose : mieux vaut les utiliser diluées. A lire l’encadré un peu plus bas à ce sujet.

Les règles de prudence pour se prémunir des risques toxiques

En aromathérapie, il est vivement recommandé de mélanger les huiles essentielles entre elles pour augmenter leur efficacité. Il faut savoir qu’une synergie est certes plus efficace mais aussi plus toxique. Les personnes fragiles comme les enfants ne devront pas utiliser de mélanges trop important d’huiles essentielles, notamment plusieurs huiles essentielles au chémotype 1,8 cinéole.

Le camphre (ou bornéone), est une molécule assez commune, elle a des propriétés antalgique, myorelaxante et décongestionnante respiratoire, c’est une cétone des plus neurotoxiques, strictement contre-indiquée chez le nourrisson de moins de 30 mois ou encore chez le sujet épileptique, et déconseillée avant 6 ans.

La toxicité peut aussi s’exprimer dès lors que l’huile essentielle est utilisée tous les jours sans pause. Ces pauses s’appellent des « fenêtres thérapeutiques » destinées à laisser l’organisme évacuer les actifs. Lorsque l’on doit effectuer un traitement sur plusieurs mois, on traitera donc seulement 5 jours sur 7, ou 3 semaines sur 4.

Aujourd’hui les risques toxiques des huiles essentielles sont bien connus, et les règles de prudence à tenir sont fiables. En lisant la suite des articles, l’utilisation des huiles essentielles dans les règles de l’art devient totalement dénuée de risque toxique et même d’effet secondaire.

Seul le sujet allergique devra rester prudent avec l’utilisation des huiles essentielles. Les molécules aromatiques ont un potentiel allergisant qui malheureusement est un frein à leur utilisation. Quant à la voie orale, un surdosage ou une fragilité particulière pourra entrainer des intolérances digestives qui peuvent s’améliorer avec la prise pendant les repas. Aux doses subtoxiques par voie interne, ces concentrés de molécules aromatiques peuvent entrainer un risque vital comme une intoxication du foie ou du système nerveux. Dans ce cas, un lavage d’estomac et une prise en charge par le centre anti-poison est nécessaire

Diluer pour améliorer la tolérance

Les huiles essentielles sont des concentrés de molécules aromatiques, elles sont efficaces dans la majorité des cas, diluées dans une huile végétale. Cette dilution dans une huile végétale permet non seulement de ralentir leur absorption, mais aussi d’améliorer la tolérance de la peau. Elle est absolument indispensable avec un certain nombre d’huiles essentielles qui sont particulièrement irritantes.  A retenir toutes les essences d’agrumes et de conifères, toutes les huiles essentielles citronné comme la litsée citronnée, la verveine citronnée, eucalyptus citronnée, ylang ylang, estragon, et toutes les huiles essentielles de basilic.  Il y a même une catégorie d’huiles essentielles, celles contenant des phénols, qui elles sont contre-indiquées sur la peau et les muqueuses sous peine de grave brulures, à moins de les avoir diluée à moins 10% dans une HV, voici la liste de ces huiles essentielles dermocaustiques dans l’article : huiles essentielles et toxicité 2.

CONSEIL : en cas d’accident, si vous avez appliqué par mégarde des huiles irritantes ou dermocaustiques sur la peau, une muqueuse, ou bien dans  l’œil : appliquer aussi vite que possible une huile végétale sur la surface concernée en grande quantité et absorber le surplus avec un papier absorbant.

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Docteur en Pharmacie, aromatologue et réflexologue. Aude Maillard a une approche très complète des huiles essentielles, à la fois scientifique et énergétique. C’est aussi et avant tout une passionnée des huiles essentielles avide de transmettre son savoir. Elle anime aujourd’hui des ateliers santé autour de l’aromathérapie ainsi que des formations professionnelles pour devenir aromathérapeute.